J’évoquais dans un article précédent l’implication de la Fondation Bill & Melinda Gates dans le financement à grande échelle de l’agrobusiness en Afrique. J’ai voulu en savoir plus sur les agissements de la plus puissante fondation au monde. Je précise que je m’intéresse surtout à son influence sur l’agriculture en Afrique dans cet article.

Un mastodonte de la philanthropie

La fondation Gates en chiffres c’est :

  • Plus de 40 milliards de dollars d’actifs issus des fortunes personnelles de Bill Gates et de son ami milliardaire, le grand gourou de la finance Warren Buffett ;
  • Plus de 1200 personnes ;
  • Plus de 30 milliards de subventions accordées depuis 2003.

Elle a largement étendu ses dons au domaine agricole ces dernières années.

Mettre en place une Révolution Verte en Afrique

En cherchant sur le net, j’ai trouvé plusieurs articles sur le sujet, notamment du Guardian et de Novethic. Ces articles citent les travaux de Grain.org, une ONG œuvrant pour une agriculture à taille humaine et respectueuse de la biodiversité. Dans un rapport paru en 2014 intitulé « Comment la Fondation Gates dépense-t-elle son argent pour nourrir le monde ? », elle s’est intéressée aux bénéficiaires des sommes colossales versées par la fondation. Et, surprise, on apprend que la fondation Gates a une curieuse manière d’accorder ses subventions pour l’agriculture :

  • Un 1er groupe perçoit ces subventions : ce sont le CGIAR, des organisations internationales comme la Banque Mondiale, l’AGRA et l’AATF.
  • Le 2ème groupe est composé d’organisations, de laboratoires et d’entreprises qui sont à 80% basés aux Etats-Unis et en Europe et seulement 10% en Afrique.

Pour information, le CGIAR a participé à la mise en place de la Révolution Verte en Asie et donc l’utilisation de variétés de semences hybrides avec apports massifs d’intrants. Ils expliquent d’ailleurs sur leur site qu’un de leurs axes stratégiques, ce sont les cultures et les animaux génétiquement modifiés. L’AGRA ou Alliance pour la Révolution Verte en Afrique (oui, le nom fait peur) a été fondée à l’initiative de Bill Gates et comme son nom l’indique, son but est de promouvoir l’agriculture intensive sur le continent africain. Du côté des responsables du département agriculture au sein de la fondation, on voit apparaître un certain Rob Horsch, ancien cadre chez Monsanto. On commence à entrevoir le plan ébauché par Bill & Melinda pour l’agriculture africaine.

Les paysans africains exclus de la recherche

Selon l’ONG Grain, la fondation Gates a mis en place un système pyramidal où les agriculteurs africains arrivent en bout de chaine pour consommer le savoir, la technologie et les semences développées par l’agro-industrie.

Le travail de sélection des variétés effectué par les petits paysans sur plusieurs générations pour obtenir des plantes parfaitement adaptées au sol, au climat et résistantes aux maladies ne vaut rien selon la Fondation Gates. Il est préférable d’investir des millions pour développer des semences OGM non reproductibles et de vendre cela au prix fort aux agriculteurs africains.

Les fondations créées par des milliardaires servent-elles leurs intérêts ?

En regardant du côté du portefeuille d’actifs de la fondation, on remarque qu’elle a longtemps soutenu l’industrie fossile avant de retirer ses parts notamment dans ExxonMobil, sous la pression du public. Elle semble aussi avoir retiré son argent investi dans le géant de l’agrochimie Monsanto. Malgré ce progrès, elle détient encore des parts dans Walmart, la plus grande chaine de supermarchés au monde ainsi que dans Coca-Cola. Deux entreprises controversées pour leur implication dans la disparition des petits paysans au profit d’exploitations industrielles et pour l’appropriation des réserves en eau dans des pays pauvres.

Le club des milliardaires philanthropes soulève de nombreuses questions, notamment sur leurs intentions réelles. Force est de constater que, malgré ses moyens gigantesques, la Gates Foundation n’a en 16 ans d’existence éradiqué aucune maladie et encore moins stoppé la famine en Afrique. Et avec sa stratégie actuelle, elle a peu de chances d’y parvenir.

 

*photo sous licence Creative Commons : Bill Gates au World Economic Forum en 2012