La croissance économique mesurée par la variation du PIB d’une année sur l’autre reste l’indicateur macroéconomique de référence pour évaluer le “progrès”. Le PIB mesure la richesse produite par les agents économiques d’un pays durant une année.

Pourtant, économistes et sociologues sont de plus en plus nombreux à militer pour l’abandon de cet indicateur macroéconomique. La raison ? Il ne renseigne en rien sur le bien-être de la population ni sur l’état de la biodiversité et des écosystèmes dans le pays.

Les chiffres nous montrent que la croissance économique creuse les inégalités et n’augmente pas le bien être.  Pire, elle est totalement incompatible avec la lutte contre le changement climatique et la préservation des écosystèmes.

 

La croissance du PIB est corrélée à une altération du capital naturel

 

L’ONU a lancé un nouvel indicateur économique pour remplacer le PIB, le Inclusive Wealth Index (IWI). Il agrège le capital naturel, la production, le capital humain et social. La croissance enregistrée par cet indicateur sur la période 1992-2014 pour 140 pays est beaucoup plus faible que la croissance du PIB.

La croissance des dernières décennies s’est accompagnée d’une chute de 40 % du capital naturel par rapport à son niveau de 1990.

 

La croissance creuse les inégalités

 

L’article « Les trois mythes du boom économique chinois » de l’économiste Eloi Laurent paru dans le Alternatives Economiques n°387 de février 2019 revient sur ce point et démonte plusieurs mythes du boom économique chinois.

Selon l’auteur, la Chine affiche aujourd’hui un indice de Gini – un indice compris en 0 et 1 mesurant le niveau des inégalités où 0 représente une égalité parfaite et 1 lorsqu’un individu monopolise toute la richesse – autour de 0,5 alors qu’il n’était que de 0,3 en 1980.

Autrement dit, la plus importante expérience de croissance économique – 10 % de croissance annuelle en moyenne sur 4 décennies pour 15 % de l’humanité – a creusé les inégalités dans le pays.

 

La croissance ne rend pas heureux

 

Après avoir multiplié par plus de 5 fois leur PIB entre 1990 et 2015, les Chinois sont-ils plus heureux ? Il semblerait que non d’après une étude évaluant leur niveau de satisfaction subjectif réalisée par Richard Easterlin.

En réalité, le bien-être de la population chinoise a décliné de manière importante entre 1990 et 2000-2005 puis est remonté depuis sans toutefois atteindre son niveau de 1990. Les Chinois dans leur ensemble sont moins heureux qu’en 1990.

Conclusion, la croissance du PIB n’implique pas nécessairement une augmentation du bien-être pour les habitants d’un pays.

 

La croissance dilapide les ressources et contribue aux émissions de CO2

 

Selon un rapport de l’ONU, l’utilisation des ressources naturelles a plus que triplé depuis 1970. En 2017, l’humanité a extrait 92 milliards de tonnes de matières et le taux d’extraction s’accélère atteignant 3,2 % par an. A ce rythme la quantité de matière extraite aura doublé en 2060.

Toujours selon ce rapport de l’ONU, « 90 % de la perte de biodiversité et du stress hydrique sont dus à l’extraction et au traitement des ressources. Ces mêmes activités contribuent à près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale ».

Notre modèle de développement basé sur toujours plus de croissance est insoutenable.

 

Je terminerais par la citation désormais célèbre de l’économiste Kenneth Boudling :

“Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste”.

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