Spécialisée dans la réduction du gaspillage alimentaire générée par les acteurs de la grande distribution, Comerso est une startup créée en 2013 par Rémi Gilbert et Pierre-Yves Pasquier. Sa ligne directrice ? Mettre la transformation digitale au service de la réduction des déchets générés par les GMS. Je me suis entretenu avec Pierre-Yves Pasquier pour en savoir plus.

 

Comment a germé l’idée de créer une startup pour réduire le gaspillage alimentaire ?

 

J’ai évolué dans un grand groupe agroalimentaire français au sein de la division commerciale pendant plus de 10 ans et j’ai naturellement été amené à travailler avec la grande distribution. De manière globale, je me suis rendu compte d’un paradoxe important. Nous produisons suffisamment de ressources pour remédier à la faim dans le monde mais pour des raisons logistiques, organisationnelles et de process, plus d’un tiers de la production mondiale de nourriture destinée à l’homme finit à la poubelle.

A cela s’ajoute un problème sociétal. Rien qu’en France, plus de 4 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire et 9 millions sont en situation de grande précarité. L’idée d’apporter une solution à ce double problème – environnemental et sociétal – a germé en 2010. En 2011, j’ai rencontré Rémi Gilbert avec qui j’ai créé la boîte. Spécialisé dans le conseil en création et financement d’entreprise, cet ancien de la BPI a pu apporter son expérience de l’entrepreneuriat. Avec mon expérience sur les GMS et la problématique du gaspillage, nous étions donc complémentaires.

PIerre-Yves Pasquier, co-fondateur de Comerso.

Nous avons créé la société en octobre 2013 avec une conviction profonde ; l’innovation technologique et en particulier la transformation digitale doit être mise au service de la réduction du gaspillage en favorisant les synergies entre les entreprises et les associations bénéficiaires.

Notre mission globale est double. D’un côté, nous réalisons auprès des entreprises des solutions de valorisation des invendus. Grâce à nous, elles font des économies. De l’autre, nous avons un impact écologique en réduisant la production de déchets.

 

Pourquoi les GMS hésitent à collaborer avec les associations ?

 

Lorsque vous êtes patron de magasin, vous êtes appelé à peu près tous les jours par des associations qui souhaitent récupérer les invendus. Le problème, lorsque vous êtes une entreprise, c’est que vous êtes responsable de vos produits jusqu’à la consommation. Il n’y a pas de transfert de responsabilité clairement établi et c’est une des raisons qui explique la frilosité des entreprises à se lancer dans de tels partenariats.

Quand vous êtes une entreprise, vous recherchez des process, une traçabilité clairement établie pour réduire les risques au minimum. En face, vous avez des associations gérées par des bénévoles qui ne sont pas disponibles tous les jours avec deux jours d’ouverture dans la semaine. De plus, elles ne sont pas forcément outillées au niveau logistique pour la traçabilité et la bonne conservation des aliments. Dire cela, ce n’est bien entendu pas blâmer les associations, c’est simplement la réalité.

C’est pourquoi les entreprises sont plutôt frileuses pour faire du don sur les produits comme la viande et l’ensemble des produits frais en général. Malheureusement, un nombre conséquent de partenariats avortent pour ces raisons.

 

Quelles sont les solutions proposées par Comerso ?

 

Nous avons développé une solution de traçabilité et nous savons en temps réel où est la marchandise, d’où elle vient, qui l’a reçu, en quelle quantité et à quelle température. Nous sommes les seuls à avoir développé un système de sondes pour suivre la température de la marchandise. Ces systèmes sont installés dans tous les lieux de stockage en partant du magasin, puis du camion de transport jusqu’à l’association. Ces éléments sont les seules preuves tangibles qui vous permettent, en cas de problème, de gérer des retours de marchandise et le cas échéant, de les retirer du circuit.

Pour vous donner un exemple, lors du scandale Lactalis avec la contamination du lait à la salmonelle, nous avons été les seuls en France à savoir gérer le retrait et le rappel de ces produits chez les 27 associations travaillant avec nous qui étaient concernées.

 

Qu’est-ce qui fait la spécificité de Comerso ?

 

Comerso s’est construit autour de 4 domaines de compétence :

• Le stickage ou la vente accélérée de produits à DLC courte

Nous avons développé une solution complètement intégrée à nos systèmes en interne là où d’autres se reposent sur des partenariats avec des tiers. Notre système permet de vendre de manière intelligente avec des recommandations sur le nombre de produits à sticker, la quantité, la promotion, etc. L’algorithme prédictif donnera la quantité de produits à sticker à -30 % par exemple. Pour les magasins, cela permet d’optimiser le volume de produits stickés qui sont directement couplés à notre seconde brique métier qui est le don.

Le don

Grâce à notre système, les produits sont soit vendus, soit donnés aux associations et il n’y a plus de gaspillage.

• C-valo

C’est un module d’optimisation du traitement des déchets de manière à éviter que l’unique solution soit de jeter. Cela concerne des produits à DLC dépassée, des produits ayant subi une casse physique, des produits non conformes, etc. Il permet de réorienter les déchets vers des filières de méthanisation, de compost, d’alimentation animale (recommandation de la loi Garot février 2016) et d’éviter les DIB (Déchet Industriel Banal) dont le coût de traitement est d’environ 150 € la tonne.

• Pilotage et management

Nous proposons de la formation et de l’accompagnement au changement dans les entreprises. Concrètement, nous formons les collaborateurs et les managers, on accompagne le changement car l’objectif final est de devenir un magasin zéro déchet. C’est un vrai changement de paradigme pour les acteurs de la distribution alimentaire.

Nous les accompagnons dans le temps en gérant les turnovers ou en formant les saisonniers. Nous proposons aussi le logiciel C-Stats pour piloter et manager les invendus qui donnent en temps réel le potentiel et les résultats sur toutes les briques de notre métier (économies réalisées, impact financier, impact écologique, nombre de repas donnés). Cela permet aussi de se benchmarker par rapport aux autres enseignes.

 

Comment se négocient les partenariats avec les enseignes ?

 

Avec les enseignes dites intégrées comme Auchan, Carrefour ou Casino, nous travaillons directement avec le siège qui ensuite choisit les magasins où implanter notre système.
Avec les autres enseignes, nous traitons au niveau national et local puisque chaque magasin est géré de manière indépendante.

 

Quel est votre business model ?

 

Nous avons deux types de business model :
Pour les solutions numériques mises en place, nous proposons un système de forfait d’adhésion aux solutions (ex : C-Stick). Pour le don, nous avons une rémunération au succès liée à la valorisation de la marchandise et des économies générées.

 

Et vos perspectives futures ?

 

Nous avons deux axes de développement à ce niveau :
Dupliquer nos solutions dans des domaines qui ont les mêmes besoins (restauration collective, coopératives agricoles, industrie) et développer Comerso en Europe dans un premier temps puis au-delà si tout se passe bien. Les domaines où implanter notre solution sont les mêmes dans la plupart des pays occidentaux avec certes quelques spécificités locales. Dans l’ensemble, notre modèle peut donc être facilement adapté dans d’autres pays.

 

Récompenses et soutiens obtenus par Comerso

 

  • Tech for Good => Utilisation de la technologie pour avoir un impact positif au niveau sociétal et environnemental
  • Labellisé BPI France excellence 2017
  • Pass FrenchTech 2018 => 70 entreprises françaises avec le plus haut niveau de croissance
  • Intégration de la station F en 2018
Philippe Oberlé, fondateur de Green Economy

A travers ce blog créé en 2014, j’utilise mes compétences en acquisition de trafic pour donner de la visibilité à l’entrepreneuriat générant un impact positif sur la planète et la société. J’aborde aussi d’autres sujets comme l’investissement à impact, la RSE ou les énergies renouvelables.

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