“Primum Non Nocere” (i.e. “en premier lieu ne pas nuire, au-delà faire du bien”) était le fil conducteur du salon PRODURABLE 2018 qui s’est tenu au Palais des Congrès de Paris les 4 et 5 avril 2018. La fréquentation est en nette hausse avec 6500 visiteurs cette année et une croissance annuelle de 35 % depuis 2015.

J’ai choisi plusieurs conférences en fonction de mes thématiques de prédilection – agriculture, biodiversité, RSE – et je vous livre ici mon compte rendu. Je tenais également à remercier les organisateurs pour l’invitation.

 

Urgence climatique et environnementale

 

Si le thème du changement climatique est régulièrement abordé dans les médias, le déclin de la biodiversité est un sujet relativement nouveau. Au vu de l’ampleur de l’extinction de masse en cours – et qui pourrait bien entraîner notre propre chute -, il est temps d’agir.

Isabelle Autissier, présidente du WWF France a tenu à rappeler quelques chiffres très alarmants sur cette extinction en cours :

  • Diminution de 30 % des populations d’oiseaux en 15 ans dans les campagnes françaises
  • Diminution de 80 % des populations d’insectes volants en Europe sur les 30 dernières années
  • Baisse de 58 % des populations mondiales d’animaux (poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles) entre 1970 et 2012

Les activités humaines et plus particulièrement le secteur privé modifient profondément les écosystèmes, Isabelle Autissier ajoute :

“En remontant à la source des chaînes d’approvisionnement des entreprises, on se rend compte que leur premier capital est naturel. Aujourd’hui 80 % du commerce mondial des commodités est détenu par 500 entreprises, d’où l’importance de faire pression pour changer leur fonctionnement.”

Emmanuel Delannoy a quant à lui insisté sur la nécessité pour les entreprises de changer de logiciel et cela passe notamment par :

  • réinventer de nouveaux modèles de création de valeur
  • transformer les organisations pour les rendre plus agiles
  • changer de vision et voir la complexité comme une valeur positive stimulant la créativité

 

Lien étroit entre démarche RSE et performance économique

 

SROI, performance sociale et économique

 

Rodolphe Durand, professeur associé à HEC durant la conférence “Impact social et sociétal : pourquoi le mesurer et comment le valoriser ?”, a détaillé les avantages de la mesure d’impact pour les entreprises :

  • meilleures innovations pour les produits et services (exemple : nombre de brevets déposés plus important)
  • pour les RH, la possibilité d’attirer les meilleurs talents et surtout de les garder en donnant plus de sens à leur engagement dans l’entreprise
  • de meilleurs indicateurs de performance à moyen et long terme

Selon l’étude The Impact of Corporate Sustainability on Organizational Processes and Performance, les entreprises ayant adopté une politique RSE volontairement depuis 1993 obtiennent de meilleures performances financières à long terme. Sur le schéma ci-dessous, vous voyez l’évolution d’1$ investi en bourse dans des entreprises dites “High sustainability companies” en rouge et “Low sustainability companies” en bleu.

 

Evolution of $1 invested in the stock market in value-weighted portfolios. Source : Robert G. Eccles, Ioannis Ioannous, George Serafeim, The Impact of Corporate Sustainability on Organizational Processes and Performance, Management Science (2014).

 

Agroécologie, AgTech, ferme urbaine : vers un nouveau modèle agricole ?

 

Une conférence était entièrement dédiée à au thème de l’agriculture, un secteur à fort impact puisque l’élevage à lui seul émet plus de gaz à effet de serre que tous les transports additionnés. (source : FAO)

En France, malgré une croissance du marché des produits bio à deux chiffres depuis plusieurs années et un bond de 278 % entre 2007 et 2016, les terres cultivées en bio ne représentent que 6,5 % de la surface agricole.

Paul François, agriculteur bio depuis 2015 et Stéphanie Pageot, gérante d’une exploitation laitière en bio et présidente de la FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique) ont évoqué leur propre expérience et l’importance d’accompagner les agriculteurs dans leur transition vers le bio :

  • Formation : les pratiques agroécologiques demandent beaucoup de technique et des connaissances poussées en biologie
  • Soutien financier : la période de transition est souvent sensible pour l’agriculteur car celui-ci ne dispose pas encore de la certification pour valoriser ses produits

Pierre Pageot, directeur de Fermes d’Avenir, a dressé un rapide bilan de l’agriculture française :

  • 1 million d’emplois détruits en 20 ans
  • Des exploitations utilisant un modèle économique inefficace puisqu’un grand nombre d’entre elles peinent à être rentables
  • Un modèle polluant basé sur la chimie affectant les sols, la qualité de l’eau et la biodiversité

On peut aussi ajouter un taux de suicide chez les agriculteurs de 20 à 30 % supérieur à la moyenne de la population.

Pour remédier au problème, Fermes d’Avenir intervient à quatre niveaux :

  • production : créer des fermes basées sur l’agroécologie
  • formation : le métier d’agriculteur est complexe, il nécessite des connaissances poussées du vivant associées à des compétences de chef d’entreprise
  • financement : la plateforme de financement participatif Bluebees soutient les projets d’agriculture durable
  • lobbying : pression sur le gouvernement, sur les industriels et sensibilisation des consommateurs

 

Entreprise à mission, changer l’ADN de l’entreprise

 

Une autre conférence intéressante à laquelle j’ai eu l’occasion d’assister était celle animée par Anne-France Bonnet du cabinet de conseil en RSE Nuova Vista en présence d’Emery Jacquillat, président de la Camif, Laurence Méhaignerie, co-fondatrice de Citizen Capital et d’Alexia Penent d’Izarn, directrice de l’innovation sociale chez Danone.

Ce nouveau statut d’entreprise est débattue dans le cadre de la loi PACTE. En la matière, Emery Jacquillat fait figure de pionnier pour avoir doté la Camif d’une mission inscrite dans ses statuts dès 2017 :

“Proposer des produits et services pour la maison, conçus au bénéficie de l’Homme et de la planète. Mobiliser notre écosystème (consommateurs, collaborateurs, fournisseurs, actionnaires, acteurs du territoire), collaborer et agir pour inventer de nouveaux modèles de consommation, de production et d’organisation.”

Dotée du label B Corporation, la Camif fait appel à 150 fabricants français représentant 73 % de son CA, ce sont en fait 99 % des produits vendus par la marque qui sont fabriqués en Europe. La mise en place de ce circuit court lui permet de considérablement réduire son empreinte carbone. L’entreprise s’est aussi illustrée le 24 novembre 2017 en refusant de participer au Black Friday.

Le fonds d’investissement Citizen Capital finance notamment la Camif et s’engage aux côtés d’entrepreneurs relevant les défis sociaux ou environnementaux.

Laurence Méhaignerie précise :

“il n’y a pas de dichotomie entre performance économique et performance sociale. En réalité, les deux sont liées. Une nouvelle génération d’entrepreneurs souhaite utiliser l’entreprise pour changer la société. Pour cela, le numérique leur offre aujourd’hui des opportunités supplémentaires pour mettre en place de nouveaux modèles économiques et pour contourner les barrières à l’entrée sur un marché.”

Consultant SEO freelance dans la vie, j’ai réuni mes compétences professionnelles et mon engagement en faveur du développement durable au cœur du projet Green-economy.fr, le blog des acteurs de l’économie verte.

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