Jean Moreau est co-fondateur de Phenix, une jeune entreprise en train de devenir un acteur majeur de l’économie circulaire en France. Elle propose aux acteurs de la grande distribution des solutions pour réduire leurs déchets et optimiser leur gestion. Après avoir travaillé dans la banque d’affaires en fusion et acquisition, il a co-fondé Phenix en 2014 avec Baptiste Corval.

 

Quelle est la genèse de Phenix ?

 

J’ai travaillé en fusion et acquisition pendant 5 ans chez Merryll Lynch. Au bout d’un moment, j’ai senti que je commençais à tourner en rond. A mes yeux, mon travail manquait de sens. J’avais envie d’investir mon énergie dans une cause plus noble. J’ai commencé à m’intéresser à l’époque à une tendance émergente : l’entrepreneuriat social. Ce nouveau modèle de business alliait modèle économique et impact positif. En quête de sens, j’avais envie de montrer que créer de nouveaux modèles économiques était possible, qu’impact positif et croissance sont compatibles. Un parcours de startup classique peut être combiné avec l’intérêt général et avoir une utilité publique.

 

Au départ, chacun a mis 500 euros dans l’entreprise pour démontrer qu’il était possible de démarrer avec quasiment rien. On s’est serré la ceinture, on n’a pas mis la charrue avant les bœufs en faisant des levées de fonds.

 

Peux-tu m’en dire plus sur le métier de Phenix ?

 

Nous donnons une seconde vie aux produits des GMS et les transformons en ressources pour les associations du type Croix Rouge, Restos du Cœur, Secours Catholique. Les acteurs majeurs de la Grande Distribution font partie de nos clients : Carrefour, Leclerc, Franprix, Intermarché, Système U. Nous leur proposons une plateforme et une solution logistique pour éviter que leurs invendus (j-3,j-2, j-1, j-0) finissent à la poubelle, en centre de tri, en incinération, en enfouissement ou en décharge.

 

A terme, nous sommes en train de bâtir une alternative à Veolia, Suez et Paprec. Notre objectif est de devenir le nouveau standard de gestion des invendus et des déchets, d’être un leader de la gestion intelligente des déchets (ou smart waste).

 

Comment fonctionnez-vous avec les GMS ?

 

Nous proposons une application aux magasins pour aider le chef de rayon à identifier les produits périmés grâce à la numérisation de son rayon.

Les différentes étapes du processus de retraitement chez Phenix :

  • 1ère étape : regroupement des produits avec DLC courte pour les consommateurs du magasin avec des offres promotionnelles à -30% -40%

 

  • 2ème étape : si le consommateur ne veut pas de ce produit, il est mis de côté pour les associations et proposé en don via la plateforme Phenix. Une fois que l’offre est en ligne, toutes les associations dans un périmètre géographique limité reçoivent une notification sur le volume et le type de produits disponibles.

 

  • 3ème étape : si les associations ne veulent pas du produit, Phenix fait appel à des filières d’alimentation animale (zoo, parc animalier, centre équestre, SPA, etc).

 

  • 4ème étape : si des produits n’ont pas trouvé preneur, ils sont envoyés dans des centres de compost ou de méthanisation.

 

Au terme de ce processus, certains magasins avec lesquels nous travaillons atteignent quasiment le zéro déchet.

 

Pour résumer, Phenix était au départ une banque alimentaire 2.0, donc essentiellement solidaire. Aujourd’hui, nous avons évolué vers une société de réduction des déchets et du gaspillage multifilière.

 

Quel a été l’accueil de la Grande Distribution ?

 

Phenix a été plutôt bien accueilli. En fait, notre solution n’est pas très compliquée à vendre car elle permet aux entreprises de la Grande Distribution de :

  • Payer moins cher leur prestataire de déchets
  • Récupérer un crédit d’impôt sur le don en nature
  • Récupérer du CA additionnel sur la vente de produits en DLC courte
  • Donner plus de sens au métier de la grande distribution et aux employés des GMS dont le chef de rayon
  • Donner une meilleure image du secteur

Nous étions au bon endroit au bon moment d’un point de vue sociétal, réglementaire, médiatique

L’économie circulaire est clairement en vogue et c’est un secteur amené à se développer dans un avenir proche. Mais pour être transparent, ce sujet n’occupe pas l’esprit d’un responsable de magasin lorsqu’il se rase le matin.

 

Comment fonctionne la plateforme Phenix ?

 

La plateforme est une marketplace avec un algorithme réalisant du matching entre l’offre et la demande.

Exemple :

Lorsqu’une association comme le Secours Catholique du 94 s’inscrit sur la plateforme, elle donne plusieurs informations :

  • Nombre de familles qu’elle gère pour avoir une estimation du volume de produits nécessaire
  • Nombre de distributions par semaine et quel jour elle souhaite être livrée
  • Type de repas et donc de produits (petit déjeuner, soupe populaire selon les besoins, ou le jambon ne sera pas proposé à une association musulmane par exemple, etc)
  • La localité : offre et demande doivent être proches géographiquement pour privilégier les circuits courts
  • Infrastructure de l’association : pour ne pas donner des produits surgelés à une association qui ne possèdent pas d’espace de stockage adapté

Nous accompagnons également les associations et leur fournissons le coaching nécessaire. Le système ne s’utilise pas en 3 clics et il y a toute la partie logistique à prendre en compte (suivi, coaching des livreurs, etc).

 

Vous travaillez seulement avec les entreprises générant de gros volumes de déchets ?

 

Nous travaillons aussi bien avec les grandes enseignes qu’avec les indépendants. Pour Carrefour ou Franprix, nous discutons directement avec le siège qui va ensuite déployer la solution sur plusieurs centaines de magasins.

Pour Leclerc, Intermarché et Super U qui ont des magasins indépendants et franchisés, chaque magasin est une entité juridique. Nous traitons au cas par cas avec un contrat par magasin. Naturellement, les grande entreprises ont plus d’inertie alors que les petites boites sont plus agiles et peuvent déployer rapidement notre solution.

 

Peux-tu m’en dire plus sur le Phenix Lab ?

 

En France, le problème du gaspillage alimentaire est majeur. Les volumes sont si importants qu’ils ne pourront pas être absorbés par les seules associations, il faut diversifier la demande de déchets.

Aujourd’hui, nous avons 1000 magasins sous contrat mais lorsque nous en aurons 5 000 ou 10 000 il ne sera plus possible pour les associations de gérer de tels volumes. C’est pourquoi nous devons diversifier les filières de retraitement. C’est aussi pour cette raison que nous avons commencé à travailler avec la filière animale.

Dans ce cadre, le Phenix Lab a pour fonction de fournir du mentoring, du conseil et du coaching voire d’investir dans des startups proposant de nouvelles manières de retraiter les déchets. L’une d’entre elles fabrique des gaufres avec des épluchures de fruits et légumes, une autre crée des confitures avec les invendus.

Aujourd’hui les filières de l’économie circulaire manquent de maturité, il y a beaucoup de petites structures et notre objectif est de les faire grossir pour qu’elles soient capables de traiter de gros volumes.

 

Parcours de Jean Moreau :Jean Moreau, co-fondateur de Phenix

 

  • ESSEC – Sciences Po en affaires publiques
  • 5 ans chez Merryll Lynch en fusion et acquisition

A travers ce blog créé en 2014, j’utilise mes compétences en acquisition de trafic pour donner de la visibilité à l’entrepreneuriat générant un impact positif sur la planète et la société. J’aborde aussi d’autres sujets comme l’investissement à impact, la RSE ou les énergies renouvelables.

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