Depuis 2008, GreenBiz publie son état des lieux de l’économie verte. Intitulé State of Green Business 2015, ce document a été réalisé en collaboration avec Trucost, une firme spécialisée dans le capital naturel et l’audit du secteur de l’environnement. Il commence par un constat peu encourageant, les entreprises ont beau faire des efforts en matière de développement durable, ce n’est visiblement pas suffisant. Le coût des externalités négatives (coûts de la pollution, de son impact sur la santé et la destruction des milieux naturels) s’est élevé à mille milliards de dollars pour les seules entreprises américaines. A l’échelle mondiale, cette somme atteint les trois mille milliards. C’est trois fois le montant des dividendes versés dans le monde au titre de l’année 2013.

Malgré ces chiffres vertigineux, la prise de conscience générale a laissé place à l’action. Les initiatives en faveur d’une réduction de l’empreinte écologique ne manquent pas. GreenBiz et Trucost ont rassemblé dans ce rapport les tendances du développement durable pour 2015.

 

1) Le concept de “stranded assets” ou actifs “échoués”

 

Selon Carbon Tracker, impossible de brûler 60 à 80% des réserves de pétrole, gaz et charbon si nous voulons limiter à 2°C l’augmentation moyenne des températures.

Problème, les réserves fossiles représenteraient 20 mille milliards de dollars d’actifs. D’autres utilisations des hydrocarbures, sans combustion et rejetant moins de CO2, sont donc préconisées.

Rig wind river

Trois menaces pèsent sur les énergies non renouvelables :

  • L’épuisement des réserves
  • Une régulation plus forte en matière de rejets carbones accompagnée du désengagement d’investisseurs institutionnels ou de fonds de pension, comme ce fut le cas pour l’industrie du tabac dans le passé
  • Une hausse du rendement des énergies vertes associée à une baisse des coûts (déjà le cas avec les panneaux solaires)

Ces menaces peuvent, à terme, provoquer une réévaluation des actifs placés dans les ressources fossiles, d’où le terme d’actifs surévalués (ou échoués pour la traduction littérale du terme anglais).

 

2) Développement durable et Open Source font bon ménage

 

L’Open Innovation ou “innovation ouverte” fait des émules dans le monde du développement durable. General Motors, Siemens, General Electrics, Unilever, de plus en plus de grands groupes sont séduits par cette approche basée sur la collaboration et l’intelligence collective. Pour sa part, Nike a lancé trois plateformes : GreenXchange, Environment Apparel Design Tool et Nike Materials Sustainability Index.

En passant à un système décentralisé, les entreprises deviennent plus agiles et résilientes, sont plus efficaces et réduisent leurs coûts. L’installation de panneaux solaires sur les toits d’usines et de magasins ou l’impression 3D qui fabrique le produit sous les yeux du client illustrent bien ce phénomène.

L’agriculture n’est pas en reste avec l’émergence de programme comme Open-Source Seed Initiative, Farm Hack ou RAFI. OpenIDEO concentre des idées pour régler les problèmes sociaux. Le Rocky Mountain Institute a lancé le Project Get Ready pour optimiser le rechargement des véhicules électriques, dans la même veine que Tesla Motors mise sur l’open innovation.

 

3) Transparence et traçabilité de la Supply Chain

 

Les entreprises sont désormais capables de savoir ce qu’il se passe précisément à chaque échelon de leur chaine logistique. Grâce à la sophistication croissante des capteurs, à l’Internet des Objets et au Big Data, le suivi d’un produit ou d’une cargaison de matière première n’a jamais été aussi précis. En récoltant des informations sur leur impact social et environnemental, les firmes maîtrisent mieux leur sourcing et les parties prenantes (ONG, assurances etc) disposent de plus de moyens pour accompagner les entreprises dans leur démarche.

Un exemple concret avec les conserves de thon chez Ocean Naturals : Un QR code apposé sur les boîtes permet au consommateur de se renseigner sur l’espèce de poisson et de savoir quand a lieu la pêche.

Lorsque vous faites appel à des fournisseurs, les choses deviennent plus compliquées. C’est le cas de McDo et de son objectif d’acheter du bœuf durable à partir de 2016. Pour cela, le leader du fast food doit renforcer sa coopération avec tous les intervenants. Parmi eux, 400 000 éleveurs, des parcs d’engraissement, des supermarchés et des restaurants, sans oublier les ONG. Dans ce cadre, McDonald’s a décidé de coopérer avec le WWF pour trouver des solutions sur le bien-être animal et la gestion des terres agricoles, l’élevage étant une menace pour les forêts au Brésil.

La mise en place d’un tel processus prend du temps. Précurseur sur les questions environnementales et sociales, la marque de vêtements de montagne Patagonia a mis 6 ans pour rendre sa supply chain 100% transparente, chaque fournisseur subissant une évaluation indépendante par des experts (ONG ou autres).

 

4) Les entreprises de plus en plus exposées au manque d’eau

manque d'eau affecte l'économie

Dans les derniers résultats du Water Program initié par le Carbon Disclosure Project, on apprend que deux tiers des plus grosses firmes sont exposés à des risques liés à l’eau (rareté, qualité). Cela pourrait affecter leur croissance pour un quart d’entre elles et pour certaines, dès l’année prochaine.

Les exemples qui illustrent ce phénomène se multiplient :

  • La croissance de Diageo, un géant des spiritueux, pourrait être affectée au Kenya à cause de la pénurie d’eau.
  • Coca-Cola a du fermer une usine d’embouteillage en Inde l’année dernière à cause de problèmes liés à l’utilisation de l’eau.

Chose alarmante, la manière de calculer ce risque se révèle inadéquate. Dans l’étude de CDP, 60% des grands groupes ne demandent pas aux fournisseurs de révéler leur exposition au manque d’eau.

Nestlé a investi 15 millions de dollars dans une usine au Mexique pour optimiser sa consommation d’eau. Le groupe y fabrique du lait en poudre et réutilise l’eau extraite du lait au lieu d’en puiser dans le sol. L’usine économise 1,6 millions de litres par an, l’équivalent de 15% de la consommation du groupe dans le pays. Des actions allant dans le même sens ont permis au géant suisse de diminuer sa consommation d’eau d’un tiers en 10 ans. Pour en arriver là, la multinationale applique un “shadow price” ou “prix fictif” à l’eau pour mieux prendre en compte la valeur totale de cette ressource de plus en plus rare et donc se prémunir des aléas.

Un autre leader de l’agroalimentaire, General Mills, mesure l’incidence du capital naturel à tous les échelons de sa supply chain. L’agriculture, le packaging et la fabrication du produit représentent à eux seuls 99% de la consommation d’eau.

L’apparition d’outils comme le Water Risk Monetizer pour évaluer financièrement le risque auquel s’expose les compagnies, la création d’organisations spécialisées telles que l’Alliance for Water Stewardship’s témoignent d’une prise de conscience et d’un besoin réel de se prémunir contre ce risque.

Aujourd’hui dérisoire, le prix de l’eau n’incite ni les entreprises, ni les particuliers à surveiller leur consommation. Aux Etats-Unis, dans certains états où la sécheresse sévit, le prix de l’eau est plus bas que dans d’autres endroits mieux dotés en précipitations.

 

5) Les grands groupes deviennent proactifs sur les énergies renouvelables

Ikea photovoltaïque

Sans attendre le coup de bâton du régulateur, certaines entreprises prennent les devants. En 2015, IKEA s’engage à porter ses investissements à 1,9 milliards de dollars dans les technologies vertes. Aux USA, le groupe installe des panneaux solaires sur ses magasins. Avec d’autres investissements dans des parcs éoliens, l’objectif affiché est de produire l’équivalent de leur consommation énergétique uniquement avec du renouvelable.

En automne dernier durant la ClimateWeekNYC, d’autres grands groupes (Nestlé, Mars, H&M ou Philips entre autres) déclaraient avoir à terme pour objectif d’atteindre les 100% d’énergies renouvelables, sans toutefois préciser une feuille de route.

Les entreprises se réunissent aussi pour accélérer les choses et faire bouger la législation. On assiste à une forme de coopération entre les grandes firmes sur la question car pour le moment les coûts de ces énergies freinent leur développement. Ce qu’on peut craindre, c’est un manque d’engagement des Etats dans le domaine, surtout à Washington depuis le boom du fracking, et ailleurs avec la baisse des prix du gaz et du pétrole. Pourtant le prix de l’électricité aux USA s’est stabilisé ou a même baissé sur les 5 dernières années dans les Etats qui ont installé le plus de parcs éoliens, tandis que les prix augmentaient ailleurs.

A travers ce blog créé en 2014, j’utilise mes compétences en acquisition de trafic pour donner de la visibilité à l’entrepreneuriat générant un impact positif sur la planète et la société. J’aborde aussi d’autres sujets comme l’investissement à impact, la RSE ou les énergies renouvelables.

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