Après avoir croisé Benoît Varin au salon PRODURABLE début avril, j’ai eu l’occasion d’échanger plus longuement avec lui sur les métiers au sein du groupe Recommerce, sa stratégie de croissance en France et en Europe ou encore le rôle de RCube, la fédération des acteurs de la Réduction, du Réemploi et de la Réutilisation.

La publication de la feuille de route de l’économie circulaire est un signe encourageant pour les acteurs du secteur du réemploi dont Recommerce fait partie. C’est une première étape vers la mise en place de mécanismes concrets favorisant les entreprises impliquées dans la construction de modèles économiques plus vertueux.

 

Comment fonctionne le reconditionnement de smartphone chez Recommerce ?

 

Recommerce est leader sur la reprise de téléphones mobiles usagés dans une optique d’économie circulaire et numéro 2 sur la distribution de smartphones reconditionnés. Nous sommes connectés dans 7000 boutiques, sur des sites Internet en marque blanche et auprès d’entreprises pour racheter leurs flottes de mobiles usagés.

A l’heure actuelle, nous avons plus de 50 % de part de marché sur le rachat de smartphones usagés en France, Recommerce compte 75 personnes et a réalisé 45 M€ de CA en 2017. Une levée de fonds de 50 M€ réalisée en janvier 2018 va nous permettre de poursuivre notre développement sur le reconditionnement de smartphones et de s’étendre à l’international.

 

Chiffres sur l'entreprise Recommerce

 

En amont, nous travaillons avec des opérateurs comme Bouygues, SFR, Free ou Swisscom. Nous rachetons les terminaux avec notre trésorerie, donc les produits nous appartiennent. Nous faisons de la reprise en marque blanche comme avec le site de Bouygues Telecom Recyclage, vous pouvez aussi revendre votre smartphone sur Recycler.fr ou Monextel.com, deux plateformes que nous gérons également.

Les produits sont ensuite rapatriés dans les usines du groupe pour être testés. Nous mettons en avant une garantie de confiance : effacement des données, définition du juste prix dans un souci de commerce équitable et traçage du téléphone dans tout son cycle de vie pour assurer la réparation avec des pièces détachées d’origine.

Le téléphone est ensuite proposé à la revente avec 12 mois de garantie, soit en marque propre sur Internet sur notre site de vente en ligne Recommerce.com, soit sur des marketplace comme Groupon, Darty, Vente-privée ou la Fnac ou de plus en plus dans des grandes surfaces comme BUT, Auchan ou ELECTRO DEPOT.

 

Economie circulaire et reconditionnement

 

Les entreprises sont-elles intéressées par l’achat de smartphones reconditionnés ?

 

Peu d’entreprises y pensent encore et nous n’en sommes qu’au début de la vente B2B, mais cela commence à se développer. Avec la feuille de route sur l’économie circulaire, le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé qu’il allait solliciter les administrations via la commande publique, notamment pour acheter des smartphones reconditionnés.

Il y a une prise de conscience et développer l’économie circulaire devient une priorité, pas seulement pour l’environnement mais aussi pour améliorer l’efficacité économique, car les entreprises peuvent réduire leurs coûts de 10 à 60 % sur l’acquisition d’une flotte de mobiles en optant pour le reconditionné.

 

Comment Recommerce utilise le Big Data ?

 

Depuis 2009, nous réalisons de gros investissements dans des plateformes pour stocker des dizaines de millions de données. Celles-ci nous permettent de réaliser des statistiques sur la valeur des téléphones quelque soit leur état et d’établir des prévisions de prix à 12, 24 et 36 mois. Nous pouvons ainsi anticiper le marché, fixer nos prix à l’achat et à la revente. Chaque téléphone est géré à l’unité, par conséquent les coûts sont affectés à chaque appareil.

Pour chaque téléphone, nous enregistrons un panel de données :

  • numéro IMEI,
  • prix d’achat,
  • prix de revente à un instant T,
  • coûts de remise en état,
  • etc.

A l’aide de ce procédé, nous reconditionnons entre 75 000 et 100 000 téléphones par mois. Dix ingénieurs travaillent sur la traçabilité et sur la gestion du Big Data pour garantir la confidentialité des données, un point important pour développer et bâtir une relation de confiance avec le public pour la reprise et la revente.

Le numérique fait partie de notre ADN, nous avons donc pris les devants – Recommerce est certifié ISO 27001 – sur le RGPD. Mais cette nouvelle réglementation est une bonne chose puisqu’elle va homogénéiser le secteur sur ce point et encourager les autres acteurs à adopter de bonnes pratiques.

 

Avez-vous une politique RSE chez Recommerce ?

 

Notre démarche en matière de Responsabilité Sociale et Environnementale en est encore à ses débuts mais nous allons sortir notre premier rapport RSE dans les prochaines semaines. Nous y analysons l’impact positif de la vente de mobiles reconditionnés par rapport à du neuf, des calculs ont été réalisés sur l’usage des matières premières primaires ainsi que sur les émissions de CO2 évités.

 

Politique RSE Recommerce

 

Quelques chiffres sur le marché du smartphone reconditionné ?

 

En France, le marché de l’occasion hors automobile est estimé à 6 milliards d’euros avec la téléphonie d’occasion totalisant 1 milliard d’euros de ventes. Cette dernière intègre le smartphone reconditionné qui à lui seul représente un marché de 500 millions d’euros, soit un prix moyen par appareil de 260 euros.

 

Chiffres marché du smartphone reconditionné

 

Qu’en est-il de la concurrence d’acteurs comme Backmarket ou Certideal ?

 

Nous n’avons pas le même positionnement que Backmarket qui est juste un intermédiaire numérique dans la chaîne de valeur, il met en relation des clients avec des fournisseurs/vendeurs. Les produits ne leur appartiennent pas et ils ne maîtrisent pas la qualité. Le problème que nous avons avec ces marketplaces, c’est justement ce manque de contrôle sur la qualité des produits. Elles font entrer une concurrence déloyale sur le marché, le plus souvent en important des produits à bas prix venant de Chine, Hong Kong ou Dubaï. Autre avantage pour eux, ils ne déclarent pas de TVA, tout cela leur permet de faire beaucoup de volume.

Certideal s’inscrit davantage dans notre ligne de conduite. C’est un acteur de type “tiers de confiance”, ils font d’ailleurs partie de nos clients. En travaillant sur le rapport de confiance et sur la qualité des produits, ils apportent une complémentarité par rapport à notre travail en rassurant les clients, notamment la cible grand public.

Recommerce travaille beaucoup en B2B2C, notre vocation et marque de fabrique est d’aider les commerçants à devenir des recommerçants, pour qu’ils puissent participer au développement de l’économie circulaire en revendant un produit usagé et reconditionné.

 

Suite à la levée de fonds de janvier 2018, quels sont vos axes de croissance ?

 

Nous avons 3 axes principaux pour notre stratégie de développement :

  • Grand public : jusqu’à maintenant nous faisions surtout de la marque blanche. Nous souhaitons développer notre offre grand public en France et en Europe pour pouvoir distribuer nos produits directement aux consommateurs via notre marque Recommerce.com. C’est un point important pour devenir une des marques leaders et construire une relation directe et un lien de confiance avec nos clients.
  • Développement à l’international : nous souhaitons nous développer sur certains pays, principalement en Europe.
  • Innovation : penser à de nouvelles solutions en matière de plateforme et développer des services comme la location (fleexi.fr)

 

Tu es co-fondateur de RCube.org, peux-tu m’en dire plus ?

 

RCube est la fédération des acteurs professionnels de la Réduction, du Réemploi et de la Réutilisation. Fondée par 12 entrepreneurs spécialisés dans le réemploi (secteur associatif, ressourceries, industriels et grande distribution), elle regroupe aujourd’hui une cinquantaine de structures.

Nous avons 4 grands objectifs chez RCube :

  • Création d’un thinktank autour du réemploi
  • Bonnes pratiques en matière de réemploi notamment via le développement de labels et de certifications
  • Faire du lobbying pour informer et appuyer le développement du secteur du réemploi auprès des politiques et du législateur (baisse de la TVA sur les activités de réparation, juste répartition de l’éco-contribution)
  • Développer de projets entre les membres, développement de l’écosystème et mutualisation des moyens

Nous devons faire face à d’autres secteurs qui n’ont pas forcément intérêt à ce qu’on se développe, par exemple les entreprises du recyclage. Nous travaillons sur les mêmes flux et un produit détruit ne pourra pas être réparé ni réutilisé. C’est un peu comme les diligences au XIXème siècle qui voyaient d’un mauvais œil arriver le chemin de fer.

 

Un mot pour conclure ?

 

Il faut continuer à prolonger la durée de vie des produits et inventer un nouveau mode de fonctionnement de la distribution et de la consommation. Pour cela, il faut que la réparation et le reconditionnement prennent leur juste place dans la société.

Actuellement, nous sommes encore trop sous l’emprise des marques de vente de produits neufs qui viennent de l’autre bout de la planète alors que pourrions développer des vraies filières de produits reconditionnés et réparés en France ou en Europe.

 

Parcours de Benoît Varin

 

Benoit Varin co-fondateur de Recommerce

  • Diplômé de Télécom Ecole de Management
  • Création en 2001 du 1er site de vente en ligne dans le commerce équitable Equiterre.com
  • Co-fondateur de TIC ETHIC en 2005, un bureau d’études spécialisé dans l’accompagnement pour les filières réemploi et recyclage
  • Co-fondateur de Recommerce en 2009 avec Pierre-Etienne ROINAT, Cédric MAUCOURT et Antoine JEANJEAN et lancement du 1er site de reprise de téléphones portables : www.monextel.com

 

 

Crédits images : Recommerce.

Consultant SEO freelance dans la vie, j’ai réuni mes compétences professionnelles et mon engagement en faveur du développement durable au cœur du projet Green-economy.fr, le blog des acteurs de l’économie verte.

Share This