Il y a tout juste un an, j’ai décidé de quitter le monde de l’entreprise et le salariat pour devenir freelance. Une décision prise contre l’avis de tous mes proches que je suis loin de regretter aujourd’hui.

Pour la faire courte, mon job consiste à développer l’audience d’une entreprise sur le web et son chiffre d’affaires. Après plusieurs années à collectionner des emplois sous-payés et à devoir faire face à un management infantilisant à la papa, j’ai décidé de me lancer dans l’entrepreneuriat. Au final, sur un échantillon d’une petite dizaine d’entreprises “testées”, il n’y en avait qu’une seule où j’ai pris un vrai plaisir à travailler.

Devenir travailleur indépendant n’est pas fait pour tout le monde. C’est pourquoi j’ai fait la liste des raisons qui m’ont poussé à me lancer sur la voix de l’entrepreneuriat. J’espère que mon expérience vous aidera à prendre une décision réfléchie et construite pour votre avenir.

 

J’ai fui les managers incompétents

 

Le mauvais management est un fléau dans beaucoup d’entreprises. C’est vrai de la TPE à la PME jusqu’à la multinationale. J’ai partout eu affaire aux mêmes personnes bornées pratiquant un management patriarcal à l’ancienne où l’avis et les propositions de son N-1 ne valent rien ou presque.

Je ne prétends pas avoir eu affaire à un échantillon représentatif d’entreprises, mais entre mes stages et mes différents emplois, j’ai travaillé dans 7 structures de tailles très variables employant de 3 à plus de 1000 personnes.

Petit florilège des situations auxquelles j’ai eu affaire :

Avoir un chrono à démarrer le matin et chaque tâche à renseigner. Il faut le stopper pour chaque pause aux toilettes. Il va de soi qu’à la fin de la journée vous avez perdu une heure à lister vos tâches dans l’outil.

Se faire rappeler à l’ordre pour être arrivé 2 minutes en retard montre en main au retour de la pause de midi. La pause se prend entre 12h et 13h, pas une minute de plus. Inutile de vous dire qu’à 17h tapante, tout le monde quittait son poste. Plus stupide et infantilisant, tu meurs.

Evoluer dans une entreprise avec un management inexistant. Cela fonctionne uniquement si tous les salariés sont autonomes. Or, ce n’est jamais le cas et il y a toujours des passagers clandestins qui en profitent.

Avoir un manager incompétent dans votre domaine d’expertise qui vous met des bâtons dans les roues. Ce manager qui n’est pas issu du monde du web gère un budget de 100 K€ pour la boutique en ligne de son entreprise avec des résultats discutables en termes d’audience depuis plusieurs années. J’ai été embauché pour doper l’audience et le CA. Lorsque vous arrivez quelque part pour redresser la situation et que la personne à l’origine de cette situation est votre manager, comment imaginer que l’issue puisse être positive ?

Si on ne vous laisse pas une autonomie pour redresser la barre, vous ne pouvez qu’aller dans le mur. Après quelques mois, j’ai tout de même été félicité par le DG pour mon travail durant une réunion avec la moitié des cadres de la boîte. Une semaine après, mon manager me licenciait car je n’étais pas assez docile…morale de l’histoire ?

En entreprise, vous pouvez vous démener, ne pas compter vos heures, bosser de chez vous le weekend et même faire du bon boulot, c’est insuffisant pour conserver son poste. Il vaut mieux se la couler douce et cirer les pompes de son N+1.

Avoir un patron qui squatte l’open-space pour fliquer ses salariés et les empêcher d’avoir la moindre conversation. A cela s’ajoutait une remise en question systématique de mes analyses, de mes propositions et de mon travail en général.

Au bout de quelques mois, les embrouilles étaient devenues quotidiennes. Je dormais mal la nuit et j’étais très nerveux. Je comprends très bien comment ce genre de situation peut mener certaines personnes au burnout. Pour ma part, plus les jours passaient, plus je rêvais de transformer mon patron en sac de frappe. Avant que cela ne dégénère, j’ai préféré mettre un terme à mon contrat. C’est d’ailleurs cette dernière expérience en entreprise qui m’a définitivement convaincu de devenir freelance.

Je vais m’arrêter là pour cette partie, mais j’aurais assez d’anecdotes pour écrire un bouquin sur le management.

J’ai déjà le titre : « Comment ruiner la motivation de vos salariés et planter votre boîte en 10 leçons ».

 

Je peux enfin faire mon travail correctement

 

Paradoxalement, mes employeurs m’ont souvent empêché de faire un travail de qualité.

Je suis plutôt du genre perfectionniste et j’aime le travail bien fait. Trop souvent, on vous met la pression pour avancer toujours plus vite, pour être plus productif. La quantité prime presque toujours sur la qualité. C’est notamment le cas lorsque vous bossez dans ce que j’appelle les « agences web usines » qui vendent des centaines voire des milliers de mini-sites vitrines souvent développés en quelques heures.

Les clients peu exigeants – et malheureusement c’est plus courant qu’on ne le pense – ou qui connaissent mal le secteur IT sont satisfaits. Beaucoup d’autres se retrouvent coincés après avoir signé un contrat d’abonnement de 12 mois ou plus trop rapidement. Inutile de vous dire que les pratiques commerciales de ces agences sont pour le moins douteuses. Elles ciblent bien entendu les plus faibles comme les artisans et les petits commerçants. L’appât du gain est plus fort que tout.

L’univers digital gagne régulièrement en complexité et la concurrence s’intensifie. Dans ce contexte, bâcler le travail, c’est se tirer une balle dans le pied. Il faut un équilibre entre rapidité d’exécution et qualité.

Aujourd’hui, je prends le temps de m’organiser et de faire les choses consciencieusement. Mes clients sont ravis et moi aussi.

 

L’open space ou comment ruiner la productivité de ses salariés

 

Travailler dans un bureau ouvert a été une dégradation des conditions de travail. Je suis loin d’être le seul à le dire puisque de plus en plus d’études démontrent que le télétravail est bénéfique à la performance et au bien-être des salariés.

Pour moi, le niveau sonore est très problématique dans un bureau partagé. Avec des gens au téléphone et de la circulation, on monte très rapidement à un niveau élevé de décibels. Impossible de se concentrer et de travailler sans un casque avec de la musique pour couvrir le bruit. Demandez à n’importe quel spécialiste, avoir du bruit dans les oreilles toute la journée est extrêmement fatiguant, stressant et en plus mauvais pour nos tympans.

Je suis plus productif le matin et j’aime commencer tôt. Lorsque vous venez tôt vous êtes interrompu par tous vos collègues qui arrivent en suivant et qui font la tournée pour taper la discute. Si vous avez un peu de chance, en 1h vous arrivez à écrire 5 lignes…

Dans une autre entreprise, les bureaux des salariés étaient disposés en arc de cercle autour du bureau du manager pour lui permettre de garder un œil sur les écrans. C’est très agréable de se sentir épié au travail. Je croyais que la relation employeur-salarié reposait sur un contrat de confiance, j’ai dû me tromper…

Certains freelances travaillent en espace de coworking, la plupart du temps dans des open space ! Certes, il y a des bénéfices, notamment pour développer son réseau. Personnellement, je préfère de loin travailler dans un endroit calme et peu fréquenté.

Certes, l’open space est une économie pour l’entreprise au moment de construire et d’aménager ses locaux. Mais encore une fois, la vision court-termiste l’emporte. J’aimerais bien voir une étude d’impact à long terme mesurant les effets de l’open space VS bureaux fermés sur la performance d’une entreprise.

 

Des salaires peu motivants en entreprise

 

J’ai toujours été frappé par la faiblesse des salaires dans le secteur du digital. Le travail d’un spécialiste en acquisition de trafic impacte pourtant le CA d’une entreprise. Il devrait même être intéressé au résultat à la manière d’un commercial.

On se demande quel est l’intérêt de faire 5 ans d’études quand vos amis gagnent la même chose ou plus avec un BTS en faisant 35 heures/semaine. Même pour un poste de chef de projet éditorial à Paris dans un groupe dépassant le milliard de CA, si vous gagnez au-dessus de 2000 vous êtes une exception.

Alors on vous met en avant l’ambiance startup, la coolitude de la boîte, la salle de jeux avec babyfoot et billard. Personnellement, je me fous complètement de pouvoir jouer aux jeux vidéos ou au babyfoot sur mon lieu de travail. Mettez-nous une salle zen avec du SILENCE pour faire de la méditation ou la sieste et une salle de sport pour se défouler, une manière autrement plus intelligente d’utiliser l’espace. Certaines entreprises commencent d’ailleurs à s’y mettre.

Depuis quelques années, les médias et les entreprises prennent la parole à la place des jeunes pour tenter de nous convaincre que le salaire n’est plus important pour les jeunes diplômés. Ils auraient d’autres priorités comme les valeurs portées par l’entreprise ou l’ambiance au travail. C’est vrai dans une certaine mesure. Mais entre nous, mettre en avant ces avantages en nature, c’est surtout pour éviter d’avoir à augmenter les salaires, non ? 😉

 

J’ai réduit mon empreinte carbone et mes dépenses

 

Ne plus avoir besoin de se déplacer pour aller au travail, c’est automatiquement une empreinte carbone réduite. Et c’est vrai que vous preniez l’hélicoptère, la voiture ou le train pour vous rendre au boulot.

Pour les entreprises déjà impliquées dans une démarche de développement durable, la mise en place du télétravail peut aussi être présenté comme une action RSE pour le bien-être de vos salariés. C’est un moyen rapide et efficace pour réduire notre empreinte carbone et pour s’attaquer au problème de la pollution dans nos villes.

J’ai abordé le sujet avec mes employeurs, en vain. Il est assez frappant de constater un manque chronique d’ouverture d’esprit et de remise en question de la part du management sur la question du télétravail.

Pour la plupart des emplois dans les services, seul un ordinateur de bureau est nécessaire. Dans ce cas, pourquoi la présence quotidienne des salariés dans l’entreprise est obligatoire ? D’autre part, des études ont montré que les salariés étaient plus productifs et plus heureux dans les entreprises qui pratiquaient le télétravail.

Travailler de chez soi ou à proximité de son logement, c’est aussi faire l’économie sur les transports et les repas pris à l’extérieur. Des dépenses rarement prises en charge dans les TPE et les PME.

 

Terminés la routine, la fatigue des transports et les horaires de travail imposés

 

J’ai toujours eu du mal à accepter les horaires de présence imposés et la routine métro-boulot-dodo. Cette rigidité est une plaie pour le salarié comme pour l’entreprise. Rien de pire pour tuer le mental, la créativité et l’épanouissement des salariés.

Par exemple, quand vous travaillez dans un bureau l’hiver, vous ne voyez quasiment pas la lumière du jour. Vous arrivez le matin, il fait nuit quand vous sortez de chez vous et arrivez au boulot. Quand vous partez le soir, il fait déjà sombre. Vous êtes condamné à attendre le weekend end pour pouvoir enfin profiter d’un rayon de soleil. Et si le temps est pourri ? il va falloir attendre le weekend suivant pour faire une rando. Déprimant.

 

Aujourd’hui, je peux sortir faire du sport et profiter du beau temps en semaine pour rompre la routine. Quand je travaille de chez moi, j’en profite pour faire une petite sieste de 15 à 30 min maximum en début d’après-midi.

Bien entendu, cela implique également plus de flexibilité au niveau de l’emploi du temps. Je travaille régulièrement le weekend et en soirée.

 

J’ai plus de temps à consacrer à mon association

 

La défense de l’environnement passe par la préservation du monde sauvage et des écosystèmes. C’est pourquoi je travaille depuis bientôt 4 ans comme bénévole au sein de l’association Wildlife Angel. Cette ONG spécialisée dans les opérations de terrain assure la protection de parcs nationaux et de réserves en Afrique, notamment en formant des éco-gardes à l’anti-braconnage.

Depuis que je suis freelance, j’ai plus de libertés pour m’organiser et libérer du temps pour développer et gérer notre communauté sur les réseaux sociaux, écrire des articles pour notre blog et lancer des opérations de fundraising.

Faire du bénévolat pour une association, il n’y a pas mieux pour se sentir vraiment utile, donner du sens à votre métier et vous investir pour une cause en accord avec vos valeurs.

 

Et vous ? Quel a été l’élément déclencheur pour quitter votre entreprise et devenir freelance ou entrepreneur ?

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