Dans son dernier livre Traité d’économie hérétique, l’économiste Thomas Porcher donne les clés au lecteur pour sortir du cadre d’analyse imposé par le discours dominant.

Professeur à la Paris School of Business et initiateur du mouvement Place Publique avec entre autres Claire Nouvian de l’association Bloom, il répond à un autre livre sorti en 2016 sur le « négationnisme économique ». Celui-ci élève la science économique au rang d’une science dure. Or, Porcher démontre qu’il n’y a pas de vérité scientifique en économie.

Je conseille vraiment ce livre accessible et passionnant qui vous donnera les armes pour mieux décrypter les analyses orientées des éditorialistes et autres analystes politiques qui squattent littéralement les colonnes, les plateaux télé et radios des grands médias traditionnels.

J’aborde ici quelques points développés plus en détails dans le bouquin.

 

L’économie n’est pas une science exacte

 

Thomas Porcher explique notamment que le cadre de pensée changent en fonction des époques. D’une tendance à la dérégulation des marchés financiers au début du XXème siècle, les Etats ont repris en main les rênes de l’économie suite à la Grande Dépression puis à la 2nd Guerre Mondiale.

Suite à une crise économique, les cartes sont en général rebattues en fonction des rapports de force. C’était le cas après la Seconde Guerre Mondiale où l’Etat Français intervenait massivement dans l’économie ce qui a permis l’émergence de champions nationaux. Ce fut le cas après la crise pétrolière des années 70 où le virage libéral a été entrepris accompagné d’une financiarisation massive de l’économie.

En revanche, suite à la crise des subprimes survenue en 2007, il n’y a eu aucune vraie réflexion et encore moins une remise en question de la politique économique à l’origine de ce marasme. L’échec des tentatives de régulation du système bancaire en est le plus bel exemple.

 

Lien entre politique économique et montée des extrêmes

 

L’arrivée au pouvoir de Trump aux USA, de Salvini en Italie ou encore le Brexit sont la résultante des politiques économiques libérales pratiquées ces 30 dernières années. Les citoyens américains et britanniques ont clairement exprimé un rejet de la mondialisation et du libre-échange à travers ces votes. Pourtant, nos dirigeants ne semblent pas prêts à effectuer un virage concernant la politique économique européenne.

Plus étonnant, le gouvernement français s’obstine à vouloir mettre en place une politique économique qui s’est révélée être un échec ailleurs. A moins que l’extrême droite au pouvoir soit bénéfique pour une certaine frange de la population ?

Rappelons aussi que les chiffres du chômage aux USA et au Royaume-Uni sont trompeurs. En effet, il est plus facile de réduire le chômage de manière comptable en radiant des chômeurs qu’en créant des emplois. D’autre part, la pauvreté augmente et avec elle l’aide alimentaire ainsi que le nombre de sans-abris.

 

Un Etat fort, point commun de tous les pays qui réussissent

 

La Chine, la Corée, la Turquie, la Russie, le Brésil, le Japon et les Etats-Unis ont tous réussi à devenir des acteurs de premier plan sur la scène mondiale en créant des champions nationaux puis mondiaux.

Ces pays ont plusieurs points communs :

• un Etat puissant fortement impliqué dans la stratégie économique du pays
• ils pratiquent tous le protectionnisme alors que l’Europe est la zone la plus ouverte au monde

Il est assez frappant de voir un certain nombre de personnes en France couvrir la Chine de louanges pour son ascension fulgurante. Grâce au protectionnisme, la Chine a pu se protéger des géants américains du secteur IT. Grâce à un Etat puissant impliqué dans l’économie du pays, la Chine est passée en quelques décennies d’un pays en voie de développement à la 1ère puissance mondiale (pas encore tout à fait, mais dès 2020 en principe).

Ce sont ces mêmes commentateurs qui appellent au dégraissage de l’Etat Français, à moins de régulation, moins de services publics, etc.

En réalité, la Chine a fait la démonstration par l’expérience qu’une économie dirigée est beaucoup plus efficace pour augmenter la croissance du PIB qu’une économie libéralisée soumise à la loi du marché.

En France, la schizophrénie atteint son paroxysme quand, dans sa « Lettre aux Français », Emmanuel Macron vante le modèle social à la française et en même temps lâche en privé qu’il coûte « un pognon de dingue ». Pourtant, c’est un modèle qui permet au pays de mieux résister aux crises et d’afficher un des taux d’inégalités les moins élevés des pays de l’OCDE. Un tendance qui est malheureusement en train de s’inverser.

 

L’épouvantail de la dette publique

 

Dans les grands médias, nous avons régulièrement droit aux poncifs sur la dette publique française avec des métaphores plus farfelues les unes que les autres. Comparer un ménage avec un Etat donne une bonne idée du niveau d’éducation économique – ou de malhonnêteté intellectuelle – de ces intervenants et pseudo-économistes.

D’autre part, comme le rappelle Thomas Porcher, les générations futures héritent d’un patrimoine public (immobilier notamment), donc d’un actif qui couvre complètement la dette. Sauf si le gouvernement continue de vendre au rythme actuel les joyaux publics qui génèrent en plus des rentrées pour les caisses de l’Etat (aéroports, autoroutes, etc).

Il souligne dans l’émission « On n’est pas couché » que le Grand Débat National est présenté aux Français de manière biaisée : « Il faut diminuer la dette publique et pour cela il faut réduire notre déficit, donc couper dans les dépenses publiques. Aucune autre voie n’est possible. »

La dépense publique peut, lorsqu’elle est faite de manière intelligente, doper la croissance et donc réduire la dette en pourcentage par rapport au PIB.

Thomas Porcher dans l’émission de Laurent Ruquier :

 

L’Etat doit donner l’impulsion pour la transition écologique

 

Thomas Porcher démontre aussi que tous les mécanismes de marché mis en place actuellement pour lutter contre le changement climatique se révèlent très largement insuffisants pour relever le plus grand défi de l’histoire de l’humanité. L’avenir de notre espèce est mis entre les mains des acteurs privés. Certes, il y a des entrepreneurs qui souhaitent avoir un impact positif sur la planète à travers des projets et des entreprises écologiques. Mais force est de constater que nous avançons encore trop lentement.

Pour gagner cette course contre la montre, on ne peut pas se permettre de laisser faire les agents économiques qui raisonnent trop souvent à court terme.

L’intérêt économique à court terme va à l’encontre de la préservation de l’environnement. C’est pourquoi l’Etat doit intervenir pour modifier le cadre structurel et donner des incitations pour un changement radical de nos comportements.

Emmanuel Macron, auteur du fameux « Make Our Planet Great Again » repris comme slogan de ce blog, fait finalement comme son homologue américain en matière d’écologie. La France abaisse les normes environnementales sur les bâtiments, déroule le tapis rouge au lobby de la chasse, autorise le projet Montagne d’Or en Guyane, reporte l’interdiction du glyphosate et des plastiques à usage unique. Dernière perle du gouvernement en la matière, le renoncement à diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2050.

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